Rod Dickinson in collaboration with Steve Rushton: Closed Circuit (Who, What, Where, When, Why and How #2), 2010

by florence cheval

Rod Dickinson in collaboration with Steve Rushton: Closed Circuit (Who, What, Where, When, Why and How #2), 2010

Rod Dickinson et Steve Rushton situent explicitement Closed Circuit dans le prolongement de The Eternal Frame de Ant Farm et TR Uthco.
L’oeuvre se penche pour sa part sur l’image médiatique, présidentielle – et sur sa forme contemporaine : celle du discours / de la conférence de presse présidentielle.
Le titre de travail de l’œuvre était Media Burn, qui reprend une performance video célèbre de Ant Farm.

Closed Circuit (Who, What, Where, When, Why and How #2) est à l’origine d’une performance, mais l’œuvre existe sous la forme d’une installation video.

Rod Dickinson se penche sur la forme historique du discours présidentiel et de la conférence de presse gouvernementale. La scène se déroule dans la reconstitution d’un espace de presse typique, dans laquelle deux acteurs donnent une ‘fausse’ conférence de presse.

Les discours ont été élaborés en collaboration avec l’écrivain Steve Rushton. Ils sont composés d’un certain nombre de fragments de discours gouvernementaux donnés à la presse depuis la Seconde Guerre mondiale – c’est donc un montage d’archives.

Les fragments de discours sont tissés en-dehors de tout contexte ou de date – en fait la seule modification sur l’original consiste à enlever toute référence de personnes, de lieux et de dates.
Le «  Who, What, Where, When, Why and How » est ôté du texte parlé.
Cependant, leur provenance, leur date et l’auteur de chaque extrait sont révélés sur le prompteur qui défile sur de larges écrans positionnés de chaque côté du public.

Rod Dickinson in collaboration with Steve Rushton: Closed Circuit (Who, What, Where, When, Why and How #2), 2010

L’objectif est de montrer que quel que soit l’homme politique, les discours sont finalement toujours les mêmes – en particulier lorsqu’il s’agit de déclarer ou de maintenir un état d’urgence ou de crise.

La syntaxe visuelle et théâtrale de la conférence de presse gouvernementale, de même que la répétition de la rhétorique qui lui est propre, reproduit la logique qui gouverne la vie publique et médiatique en général.

ll s’agit de montrer que toute conférence de presse est inexorablement liée à l’effet de feedback (rétroaction) de la télévision. La conférence de presse crée ce mécanisme de feedback (rétroaction), précisément construit à la destination de la télévision qui le dissémine, et qui en retour informe et modifie la réalité politique et sociale.

Dès 1962, Daniel Boorstin (1) a élaboré le concept de ‘pseudo-événement’ pour décrire des événements construits uniquement pour faire l’objet d’un compte-rendu, d’une restitution. Ces ‘pseudo-événements’, ce sont justement, par exemple, les débats présidentiels et les conférences de presse.
Le pseudo-événement est fomenté artificiellement dans le but d’être diffusé, à tel point qu’il tend à éclipser l’événement réel. Il est élaboré spécialement pour être utilisé par les medias. Il tombe toujours au moment voulu.
Le pseudo-événement nous fait perdre le contact avec la réalité selon deux étapes : d’abord, il nous enveloppe dans une zone de pseudo-réalité, celle de l’image.
Ensuite, dans un second temps, nous oublions le caractère illusoire de l’image et prenons la pseudo-réalité pour la réalité elle-même.

Steve Rushton : « La conférence de presse est un circuit médiatique complet et parfait ; tous les reporters, les hommes politiques, les caméras, la scène et les drapeaux existent uniquement pour être médiatisés. C’est un bon exemple de quelque chose qui interagit avec lui-même et qui s’autoproduit de lui-même. » (2)

Les deux acteurs/hommes politiques changent/intervertissent leurs places respectives au cours de la performance : il s’agit de montrer à quel point les discours sont interchangeables, et de souligner cet effet de rétroaction, de feedback, de boucle médiatique.
D’où le titre, ‘Closed Circuit’.

Un exemple cité par les artistes pour montrer que le discours médiatique peut, à lui seul, parvenir à constituer la preuve d’une accusation et être à l’origine d’une guerre : les preuves de l’existence des armes de destruction massive en Irak ont été apportées, instituées comme preuves, par le biais d’une conférence de presse : ‘quand dire, c’est faire’.

Steve Rushton : « Souvenez-vous en 2003, quand un militaire est monté sur la scène et a apporté les preuves des Armes de Destruction Massive. Ce qui a beaucoup surpris, c’était la facilité avec laquelle la démonstration était faite, et comment une guerre peut être engagée malgré l’absence de preuves véritables démontrant que de telles armes existaient. C’est comme si la machinerie entière de la conférence de presse était entrée dans une boucle de rétroaction, qui justifiait l’intervention militaire mais aussi légitimait la conférence de presse par la même occasion. » (2)

Pour Rod Dickinson et Steve Rushton, il s’agit de montrer qu’il y a des événements médiatiques dont la simple performance – par le biais par exemple d’une conférence de presse, suffit à les faire advenir dans la réalité.
Il s’agit de montrer que l’appareil médiatique possède la capacité de produire véritablement des faits.

Le titre de l’œuvre fait écho à un texte de Samuel Beckett intitulé What, Where (Quoi où, 1984).

(1) L’ouvrage de Daniel Boorstin est resorti récemment sous le titre L’Image, ou ce qu’il advint du Rêve américain.

(2) Steve Rushton, Signal: Noise : The press briefing is a complete, perfect media circuit; all the reporters, politicians, cameras, the stage and the flags only exist to be mediated. It is a good example of something that interacts with itself and produces itself from itself.
http://www.roddickinson.net/pages/pre_reviews/SignalNoise-Bulletin.pdf

(3) Steve Rushton, They came to see who came, November 2009, http://www.aksioma.org/closed_circuit/steve_rushton.html
Maybe you remember back in 2003, when a military man mounted the stage and provided evidence of Weapon’s of Mass Destruction. What surprised many about the outcome of this performance was the comparative ease with which it was exercised, and how a war could be prosecuted despite any real ‘evidence’ being produced that could suggest that such weapons did exist. It was as if the whole machinery of the press briefing was a feedback loop, which justified military action but also legitimised the press briefing itself.