Haroon Mirza. Truism on a G.

by florence cheval

Haroon Mirza, Truism on a G, 2007

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L’installation consiste en un panneau lumineux sur lequel défile la phrase “we must make sacrifices to maintain our Quality of life”, deux enceintes, un ampli, un lecteur CD jouant un son et relié à un cube en verre empli d’eau. Tous ces éléments sont reliés par des fils électriques. Dans le cube d’eau trempe l’un d’entre eux, ce qui provoque des étincelles et incite le spectateur à s’approcher. Cette œuvre forme une composition où tous les éléments sont liés.

Tout d’abord, le panneau lumineux fait référence explicitement à l’œuvre de Jenny Holzer  : il cite les panneaux créés par cette artiste et se les réapproprie. Le titre de l’œuvre d’Haroon Mirza y fait référence explicitement. Cette phrase est issue de la série Truisms de Jenny Holzer, entamée en 1977, qui consiste en une série de one-liners (que l’on pourrait traduire par bons mots ou aphorismes) composés et classés dans l’ordre alphabétique, partant du principe que ces phrases, considérées comme de bon sens, sont surtout issues d’une pensée entièrement formatée. Ces phrases ont été exposées par Jenny Holzer sous la forme de projections dans l’espace public, sur des t-shirts, des affiches… mais aussi sous la forme de bandeau électronique lumineux à défilement de texte, exactement comme ici.

Le G du titre de l’œuvre provient d’une composition de Jean Sebastien Bach; l’ouverture de la suite pour orchestre BWV 1068, et plus précisément de l’adaptation qu’en a fait August Wilhelmj, que l’on appelle Air on the G-string. Ce titre provient du fait qu’ August Wilhelmj  était capable de jouer entièrement la pièce uniquement sur sa corde de Sol. Ce titre populaire évoque maintenant toutes les interprétations de cet air, et  Haroon Mirza en propose donc une à sa manière : l’installation émet un son aigu et répétitif, mais presque doux, qui contraste avec le caractère du message écrit qui défile. On peut donc supposer que cet air est celui qui est joué sur le lecteur CD, et donc celui que l’on entend, mais de manière déformée, créant ainsi une sculpture (dis)sonnante, où temps réel et temps enregistré se mêlent. Haroon Mirza :

I attempt to isolate moments where noise is perceived as sound and sound is perceived as music. (1)

La question du son semble essentielle dans Truism on a G. L’artiste en parle ainsi :

Although I claim to compose music, by no means do I regard myself as a musician, which I guess identifies my use of the term composition as much with a visual sense as with an acoustic sense. Considering that sound reappeared in my recent work as a byproduct whilst designing self-governing systems, it would seem that the acoustic may be consequential to the visual. (2)

Ce texte est associé à un extrait de l’ouvrage Bruits de Jacques Attali, essai sur l’économie politique de la musique. Dans cet ouvrage, Jacques Attali affirme que la musique accompagne ou précède l’évolution de la société, et que le bruit peut servir, soit le pouvoir, soit la subversion. L’œuvre d’Haroon Mirza prend donc bien un sens politique. Il cite ainsi Jacques Attali :

Any theory of power today must include a theory of the localization of noise, and its endowment with form. (…) Equivalent to the articulation of space, it indicates the limits of a territory and the way to make oneself heard within it, how to survive by drawing one’s sustenance from it. (3)

(1) http://www.nyartsmagazine.com/audio/musical-manipulation

(2) farimani.info/forum/?p=191

(3) farimani.info/forum/?p=191